Décor: le bâtiment le plus... euh... le moins attrayant de cette ville. A la sortie de l'ascenseur, il y a deux couloirs: celui pour les gens au nom en A-K (on va l'appeler couloir 1) et celui pour les gens au nom en L-Z (couloir 2). Bien sûr, dans ces couloirs, il y a aussi des portes piégées qui donnent sur des salles de réunions ou des bureaux farouchement défendus par leurs habitants.

Bon. Naïvement, je me dis que mon nom commence par un R... donc, je vais dans le couloir 2, qui est absolument désert (quelle chance, puisque le couloir 1 est bondé!) Je frappe à la porte indiquée "accueil" par trois pancartes successives. Eh bien, raté, c'était une porte piégée. Celle d'à côté s'ouvre sans que j'aie rien demandé et on me prie d'aller "toquer à toutes les portes par-là jusqu'à ce que je tombe sur un bureau disponible, parce que vous comprenez, il n'y a personne dans le couloir et ils ne savent pas si quelqu'un attend son tour." Là je me dis que ces "ils" pourraient faire un effort et soulager la file du couloir 1. Mais bon... je vais suivre le conseil du monsieur et toquer à toutes les portes... après tout on n'a pas tous les jours l'occasion de déranger une demi-douzaine d'inspecteurs sur le conseil d'un seul! tant que je ne retombe pas sur un piège...

La troisième porte est la bonne; j'entre, je m'assieds, j'explique mon cas le plus poliment possible. On ne sait jamais: mieux vaut que tout se passe bien!
Moi "Voilà, je suis bibliothécaire, mais aussi romancière, et je voudrais déclarer mes revenus mais je ne sais pas dans quelle case les indiquer..." 
X "Eh bien, on va voir ça tout de suite, donnez-moi votre déclaration... Vous allez avoir besoin d'une "partie 2" (il sort un gros paquet de feuilles d'un tiroir, je vais devoir remplir TOUT ÇA en plus???) et... mais attendez... Vous dépendez du couloir 1! C'est marqué là!"
Je regarde. En effet. Mon nom commence par R mais celui de Supernounours par H. J'explique ma méprise, toujours poliment. Je me dis, tant pis, il va m'aider à remplir le dossier quand même, au point où on en est... (pas du tout envie de retourner faire la queue dans le couloir 1, surtout que la foule a dû encore augmenter!)

 X "Eh bien Madame, prenez tout ça et allez dans les bureaux du couloir 1, je ne peux rien pour vous."
Ah. Chouette. Retour à la bifurcation et appel rapide à Supernounours: désolée mais ça prendra ENCORE plus de temps que prévu, tiens bon entre les fauves et le gnome... 

Puis mon tour vient enfin. Dans le bon bureau. Vraiment?
Moi "Voilà, je suis bibliothécaire, mais aussi romancière, et je voudrais déclarer mes revenus mais je ne sais pas dans quelle case les indiquer... Dans le couloir 1 on m'a donné une "partie 2" mais c'est la première fois que j'en vois une..."  
Y "Ah! Une partie 2!" (on dirait que je lui brandis un exorcisme sous le nez.) "Je ne vais pas savoir vous aider, je n'y connais rien! Voulez-vous patienter un peu pour passer dans le bureau voisin?"
Que répondre? "NON JE NE VEUX PLUS ATTENDRE" et risquer de voir ma déclaration mal remplie, avec tous les ennuis que ça pourrait me créer?
Moi en mode tellement-polie-que-rien-ne-peut-plus-m'atteindre: "Oui, bien sûr, je veux bien patienter." (c'est pas comme si je ne faisais que ça depuis une heure entre deux changements de bureau).

HA! dernier bureau. Par bonheur la dame est absolument charmante (celle d'avant aussi, en fait, je ne lui en veux pas tellement de m'avoir éconduite). Sauf que:
Z "Vous avez la fiche de revenus de Monsieur?"
Moi "Euh... non, il remplira son côté tout seul..."
Z "Mais on déclare les revenus du MENAGE, Madame! Tout ensemble! Attendez, je vais regarder..." (Oui. En fait je n'avais pas vraiment besoin d'apporter beaucoup de documents, ils savent déjà tout dans ces endroits-là. Au moins pour les couples comme le nôtre, sans rien à déclarer d'autre que nos revenus, c'est très simple. En théorie.)
Heureusement, on a pu remplir le côté de Supernounours sans difficulté. Puis:
Z (avec un tact remarquable, l'air très embêtée de m'annoncer ça) "Alors Madame, vous aurez à payer ...€. Soit le tiers de cette somme... l'an prochain."
Moi: "C'est tout? Je croyais que ce serait la moitié, j'avais tout mis de côté! Et c'est seulement pour l'année prochaine?"
Z (presque déçue) "Alors je croyais que je vous donnais une mauvaise nouvelle et en fait non?"
Moi (docile, essayant de prendre un air abattu) "Oui enfin c'est vrai que ...€ c'est beaucoup d'argent, un mois de loyer quoi... mais bon je pensais que je devrais payer le triple alors je ne vais pas pouvoir faire semblant de regretter longtemps..."
Z "Vous avez vos factures de téléphone/électricité/billets de train/Internet de 2009 pour déduire vos frais?"
Moi "Euh... Bah non... Comme c'est un hobby je ne savais pas qu'on pouvait déduire quelque chose..."
Z "Vous êtes ordonnée?" (De la façon dont elle me pose la question, j'ai l'impression qu'elle connaît déjà la réponse, a-t-elle eu un aperçu du contenu de mon sac???) "Parce que soit on termine votre déclaration maintenant et vous êtes tranquille, soit vous revenez avec vos papiers..."
Moi "... ordonnée? Hum... On ne pourrait pas simplement en finir là-maintenant-tout-de-suite-que-ce-ne-soit-plus-à-faire? Je reviendrai l'an prochain mieux préparée..." 

Oui. L'an prochain je me colletterai à nouveau à tout ça et je vaincrai :o) Le truc rigolo c'était le monsieur qui passait dans les bureaux du couloir 1 en rapportant que les collègues du couloir 2 foulaient au pied la solidarité et refusaient de s'occuper des malheureux égarés chez eux (je n'ai pu que confirmer, puisque ça m'était arrivé). Et j'ai aussi expliqué de nouveau que oui, être écrivain j'adorais ça, mais que non, ça ne me faisait pas rouler sur l'or (et j'ai de nouveau brisé un mythe dans l'imaginaire de quelqu'un, évidemment...) Je me demande si je m'amuserai autant l'année prochaine...

Bon, dans ma folie du moment, j'ai cru très sincèrement que je pourrais consacrer ma matinée aux Finances, à la Commune et au Consulat. Quand je suis ressortie chancelante des Finances, il me restait à peine le temps d'aller à la Commune. Le Consulat sera pour bientôt, mais pas pour aujourd'hui. De toute façon, l'abus d'administration est mauvais pour la santé, je crois. Pas la mienne - la leur!!! J'ai déjà dû répandre mes germes de rhume dans la moitié de l'étage où je me suis fourvoyée :o)

Sur ce, retour au travail, sagement...
@ +
Sig